Auteur Sujet: Nouvelles non-officielles par Portoloups  (Lu 10680 fois)

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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #15 le: mardi 24 décembre 2013, 12:25:35 »
Jeudi 18 mai 2017 – Mexico City
 
Andrii Zimovchenko, extrêmement nerveux, faisait les cent pas dans la salle de conférence encore vide qu’avait louée sa bienfaitrice à l’hôtel Sheraton « Maria Isabel ». En marge du 13ième congrès international sur le climat, plusieurs organisations internationales pro-écologistes telles que Greenpeace, FSC et WWF essayaient de profiter de l’évènement pour médiatiser leur propre vision du futur de la planète. Sous leur impulsion, des conférences alternatives animées par des scientifiques de renom fleurissaient dans les différents hôtels de Mexico City. Tous espéraient mettre en avant les impacts catastrophiques des activités de l’homme sur l’écosystème terrestre et proposer des alternatives viables.
 
Andrii devait bien convenir que de son côté il n’avait pas vraiment solution alternative à proposer. Son seul message ressemblait à un cri d’alarme, mais aucune des organisations écologiques reconnues ne semblait l’avoir pris au sérieux.
Il faut dire que sa carrière scientifique à ce jour (encore simple étudiant ukrainien en zoologie attendant encore de faire valider son doctorat) ne lui donnait pas la légitimité nécessaire. Mais cela allait plus loin : aucune organisation n’avait accordé suffisamment de crédit à son étude pour ne serait-ce qu’accepter de la faire présenter ou même la faire analyser par un chercheur plus chevronné. Pire encore, la majorité de ces organisations lui avaient fait comprendre que ses hypothèses aberrantes feraient perdre toute crédibilité à la lutte pour l’écologie. Une honte pour ses confrères, voilà ce qu’il était devenu avant même de lancer sa carrière.

C’est pendant la période de doute qui s’en était suivie qu’il avait été approché par Natalie Raynor. Celle-ci s’était présentée comme une philanthrope fortunée qui avait entendu parler de son étude et voulait en savoir plus. Refroidis par ses précédentes rencontres, Andrii avait essayé de nier et de dévier sur d’autres sujets, mais la jeune femme s’était montrée persévérante et convaincante. A tel point qu’il s’apprêtait à présenter dans quelques minutes, sous parrainage de Mlle Raynor, des conclusions qui lui vaudraient sans aucun doute une exclusion tacite de la part de toute la communauté scientifique internationale pour les vingt ans à venir.
Mais peu importait, car au train où allaient les choses, rien ne garantissait qu’il restait vingt ans pour réagir. Malgré la bonne volonté des écologistes de tous poils pour protéger la planète, ils ne parvenaient pas à se faire entendre suffisamment pour changer les choses. Et pour cause : ils étaient eux-mêmes aveugles aux véritables enjeux !
 
Andrii repensa aux 16 derniers mois qui s’étaient écoulés depuis la mort de son mentor, le Professeur Hector Santos.

Celui-ci, après avoir étudié pendant plusieurs années avec le Professeur Deborah Gordon la super-colonie de fourmis d’Argentine installée en Californie, était retournée aux sources, en Argentine. Il souhaitait analyser les conditions qui empêchait les nids de ces fourmis d'Argentine, les Linepithema humile de collaborer pour former eux aussi des super-colonies. Deux théories s’affrontaient alors. Pour le Professeur Deborah Gordon, c’était le régime alimentaire partagé par les Linepithema humile une fois en Californie qui leur permettaient de se reconnaitre plutôt que de s’entretuer. Pour le Professeur Hector Santos, au contraire, il s’agissait d’un appauvrissement génétique des gènes de reconnaissance des individus au sein du nid, qu’il pensait lié au manque de prédateur direct en Californie.
 
Andrii, qui avait intégré l’équipe du Professeur Santos pour cette mission scientifique en Argentine, pensa avec amertume que la seule chose qu’avait trouvé son vieux mentor à l’occasion de cette étude, c’était la mort. Une mort horrible. Etouffé et dévoré de l’intérieur par des hordes de fourmis d’Argentine qu’on disait pourtant totalement inoffensives pour l’homme. Lorsque le drame c’était produit, Andrii était parti en ville, à près d’une centaine de kilomètres de là, pour le ravitaillement mensuel. Contrairement aux autres membres de la mission et aux habitants du village situés à proximité il avait donc survécu. Il était aussi revenu juste à temps pour sauver les cameras d’observation du gigantesque feu que les autorités locales affolées avaient allumées pour détruire toutes les fourmis avant qu’elles ne commettent d’autres exactions.
Choqué par la vision des carcasses humaines dont toute chair avait été emporté par l’appétit vorace des insectes, il avait fallu des semaines au jeune scientifique ukrainien avant d’oser visionner les enregistrements. C’est finalement l’incohérence de la situation qui l’avait forcé à se replonger dans les évènements du jour du drame. En dehors du caractère totalement imprévisible de l’attaque des fourmis, même la collaboration de toutes les colonies présentes dans les environs n’aurait pas été suffisante pour aboutir à un tel massacre. Et quand bien même, toutes ces colonies étaient très agressives les unes envers les autres et n’auraient jamais collaborées entre elles ! Tout ceci ne tenait pas la route et Andrii eu l’intuition d’une mise en scène digne d’un mauvais film de série B.
 
Il fallait qu’il sache ! Empoignant les DVD enregistrés, il avait commencé à remonter le temps à partir du moment où il avait stoppé les enregistrements pour les sauver de l’incendie. Les différentes vidéos montraient de véritables marées de Linepithema humile ! L’enregistrement du caméscope du professeur lui-même permettait de les voir au milieu des restes du campement. Incroyable, les colonies s’étaient donc bel et bien alliées et c’était elles qui avaient causées ce ravage ! Andrii se souvenait très bien du sentiment d’abattement qui c’était emparé de lui à ce moment-là. Et pourtant … pourtant, il était revenu sur les vidéos. Que faisaient les fourmis si loin de leurs antres respectifs et comment se faisait-il que sur les images elles ne semblaient plus avancer ? Les scènes qu’il découvrit en zoomant sur toutes les vidéos de cette période-là le plongèrent dans la stupeur : les fourmis avaient arrêté leur mouvement car elles se combattaient férocement entre elles ! L’agressivité entre les différentes colonies de Linepithema humile semblait avoir repris son cours normal alors même qu’elles étaient toutes rassemblées en un même lieu. L’incendie n’avait donc fait que parachever l’œuvre de mort qui se déroulait devant ses yeux.
 
Andrii avait visionné encore et encore et encore l’intégralité des DVD pour faire toujours la même constatation : à 09 heures 43 minutes et 12 secondes très précisément, trois des quatre colonies présentes dans la montage semblaient soudain avoir subitement été frappées par la folie. Elles avaient cessées exactement à la même seconde toute tache en cours pour se précipiter avec une agressivité invraisemblable vers les lieux habités. A mi-parcours, elles s’étaient réparties en deux vagues : une moitié des insectes était partie sur le village et l’autre moitié s’était dirigée sur le campement scientifique. L’enregistrement du caméscope du professeur était pour cela parfaitement éloquent : les fourmis avaient investis à une vitesse folle la zone. Le professeur était monté sur une table au milieu du camp pour pouvoir filmer au mieux, et sans perturber les fourmis, cet évènement qu’il qualifiait d’exceptionnel. Mais ses commentaires sur le fait que les fourmis ne semblaient pas intéressées par la moindre source de nourriture se tarirent bien vite devant l’horreur de la situation. Les fourmis cherchaient bien de la nourriture, mais uniquement de la viande humaine ! Elles poursuivaient les humains jusqu’à les faire se rouler au sol pour finir de les dévorer.
Mais quel avait pu être le stimulus déclencheur ? Andrii avait pensé initialement aux équipements électroniques du campement, mais dans ce cas pourquoi les fourmis avaient-elles aussi attaqué le village situé à près d’un kilomètre de là ? Soudain un doute l’avait assailli : le jour du drame, le 14 janvier 2016 avait aussi été le jour d’un autre drame, plus terrifiant encore : l’explosion d’une bombe atomique en plein cœur de Karachi, au Pakistan. Mais cela était à des milliers de kilomètres de distance et rien ne pouvait corréler les deux évènements. Andrii avait toutefois la réputation d’être minutieux à l’extrême, et de toujours vérifier et revérifier ses sources et ses résultats. C’était bien pour cette raison que le professeur Santos l’avait pris sous son aile. Par acquis de conscience Andrii avait donc été vérifier l’heure exacte de l’explosion de la bombe H : 17 heures 43 minutes (il n’avait pas trouvé l’information sur les secondes), moins les 8 heures de décalage horaire par rapport à l’Argentine, soit à 09 heures 43 minutes !
 
La coïncidence était si énorme qu’Andrii lui-même la trouvait totalement invraisemblable. Alors il avait cherché d’autres évènements pour prouver que la théorie était fausse :
 
  • Lundi 18 janvier 2016 à 09h38, un commando pakistanais faisait exploser plusieurs armes chimiques dans le centre-ville de Jaipur en Inde. Au même moment, modulo le décalage horaire, la chaine des volcans d’Auvergne en France se réveillait sans avertissement préalable,
 
 
  • Mardi 27 octobre 2015 à 03h28 : nouveau dérapage de la centre nucléaire de Fukushima au Japon, entraînant une nouvelle irradiation massive. C’est aussi à cette heure qu’une nouvelle ligne de faille sismique s’était faite annoncée à grand bruit en emportant sous les flots la moitié de Cuba et la pointe de la Floride en Amériques,
 
 
  • Jeudi 16 avril 2015, un cargo pétrolier grec provoquait une énorme marée noire sur les côtes italienne. Le même jour, et malgré la présence de centrales de traitement des eaux des milliers de foyers Suisse étaient intoxiqués par une mystérieuse bactérie mortelle de souche inconnue,
 
 
  • Lundi 03 novembre 2014, alors que des mercenaires d’affiliation non reconnus laissaient accidentellement déverser en Ethiopie des déchets d’uranium enrichis qu’ils venaient enfouir illégalement, des hordes de cobras royaux devenus fous avaient attaqué et tué la population de plusieurs villages dans la campagne chinoise.
et ainsi de suite !
 
Tandis qu’Andrii remontrait le fil des dernières années, il croisait de plus en plus d’évènements de ce type. Personne ne les avait jamais reliés ! Et pour cause, rien ne pouvait les corréler !! Rien ... si ce n’est que les seconds évènements étaient systématiquement une bizarrerie dont la science n’avait à ce jour pas été en mesure de donner l’origine, et que ces aberrations de la nature se produisaient systématiquement en même temps qu’une exaction due à l’homme ! Des aberrations de la nature ? Ou pas ! Andrii savait qu’il n’avait aucune preuve scientifique. Juste une succession accablante de coïncidences entre des catastrophes écologiques dues à l’humain et ces « aberrations de la nature ». La Nature réagissait !!! Andrii en avait désormais l’intime conviction ! Et cela semblait aussi être le cas de sa mécène, Natalie Raynor, qui contre l’avis de toutes les autres organisation pro-écologie lui donnait un chance de faire entendre son cri d’alerte. La Terre, après des siècles passés à supporter les frasques et vices de l’humanité, commençait à rendre coup pour coup !
 
Mais qui allait l’écouter ?
 
...
 

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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #16 le: mardi 24 décembre 2013, 13:06:23 »
Super sympa, cette nouvelle me fait repenser a plusieurs films catastrophe mais surtout à Prédiction (2009) vis à vis des dates et les corrélations avec les évènements et Phénomènes (2008) où la nature se rebelle.

Merci pour le post!

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Re : Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #17 le: mardi 24 décembre 2013, 14:00:24 »
Ah, je suis bien content qu'elle t'ai plue Héloïse !
 
Cette nouvelle est un peu un pari parce que même si je sais que les longues nouvelles ne sont pas toujours évidentes à lire sur un PC (ce n'est pas du tout la même impression qu'avec un livre ou même une liseuse), pour celle-là je ne pouvais pas faire beaucoup plus court (si je voulais garder le même feeling à la lecture et le temps que les éléments se mettent en place).
 

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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #18 le: mercredi 25 décembre 2013, 03:39:24 »
Un très grand merci. Je sens que tu vas bientôt me seconder dans l'écriture de nouvelles officielles ^^
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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #19 le: mardi 31 décembre 2013, 11:09:27 »
Brand New Delhi – vendredi 13 mai 2101 – 23h14
 
 
Harshal était un homme heureux ! Il venait de terminer une bonne journée de travail.  Pour la troisième fois de l’année il avait été épinglé sur le tableau des mérites comme étant le meilleur ouvrier du mois de son usine ! Ce n’était pas rien pour quelqu’un de sa caste ! Certes, il fallait qu’il s’investisse beaucoup, et les conditions étaient souvent dures à la manufacture de circuits imprimés, mais il contribuait à remettre sur pied la civilisation ! Il y avait tout à refaire en Inde depuis la guerre contre le Pakistan et toute cette folie qui s’était emparée du monde au siècle dernier. Mais Harshal avait confiance en la société indienne. C’était maintenant un nouveau siècle et il était sûr de ne jamais manquer pas de travail dans leur capitale, la « Brand New Delhi » telle qu’elle avait été rebaptisée. D’accord, d'accord, il restait encore pas mal d’efforts faire avant qu’elle ne soit vraiment « toute neuve », mais il y avait une énergie très positive dans tout cela !
 

Dans la nuit chaude de cette fin de soirée de mai, Harshal regarda plaisamment par la fenêtre du nouveau métro aérien qui le ramenait près de chez lui, dans les faubourgs extérieurs au sud-ouest de la ville. La couche de pollution à travers laquelle scintillait l’Arche de Vie donnait à la scène une allure féérique, comme si la gigantesque construction suspendue en plein ciel était entourée d’une brume magique. Le jeune homme était tout excité : la classe dirigeante promettait des tirages au sort plus réguliers pour sélectionner lequel des ouvriers modèles du pays partirai ce semestre vivre dans la demeure des dieux, et Harshal croyait en sa bonne étoile ! Son regard se porta alors au niveau du sol. Sous l’Arche de Vie s’étendait à des kilomètres à la ronde ce que ses concitoyens avaient appelé « l’œuf pourri », une immense décharge à ciel ouvert de forme vaguement ovoïde qui occupait une grosse partie du centre-ville de Brand New Delhi. Il avait bien fallu regrouper quelque part tous les débris et les déchets résultants de la mort du 21ième siècle, mais ce n’était que temporaire ! Bientôt des progrès significatifs seraient fait pour recycler toutes ces ordures qu’ils avaient concentrés là ! Harshal avait même l’impression que les montagnes d’immondices avaient déjà commencé à baisser !
 

Harshal avait vraiment tout pour être heureux … "il ne me manque éventuellement qu’une femme" se dit-il en observant son wagon bondé d’hommes et, malheureusement, seulement d’hommes. Avoir une compagne à ses côtés lui manquait souvent à vrai dire, mais heureusement il avait les pilules rouges fournies par la caste dirigeante. A l’époque de son arrière-grand-père les femmes commençaient déjà à manquer en Inde du fait de la politique de préférence aux enfants mâles, mais maintenant c’était bien pire ! Entre les attaques chimiques du Pakistan, les nouvelles maladies dégénératives sur les gènes féminins et l’augmentation critique des morts de mères lors de leurs accouchements, la proportion de femme au sein de la population étaient passée de 40% à moins de 10% maintenant ! C’était vraiment bête, parce que cela rendait presque impossible le mariage si l’on n’était pas un homme fortuné. Mais il fallait voir le bon côté des choses : cela voulait aussi dire qu’Harshal l’orphelin, comme beaucoup, était sans doute un fils abandonné d’une de ces familles dirigeantes ! Il s’imaginait parfois être le fils d’un prince qui montrerait à son père par la force de son travail qu’il était digne de son attention, même si il n’était ni son aîné ni une fille.
 

Le métro aérien s’arrêta à la station d’Ajmere Gate. Heureusement pour Harshal, il y avait bien trop de monde dans le wagon, même à cette heure tardive, pour qu’il s’asseye, sans quoi il serait sans doute tombé de sa chaise. La surprise était en effet de taille : une jeune femme venait de rentrer à la dernière minute dans le wagon. Elle s’y était précipitée, comme poursuivie. Et pour cause ! Elle portait une robe rouge courte qui moulait à la perfection ses formes plus que généreuses ! Elle était dos à lui et il vit en premier lieu son dos nu que l’échancrure de la robe mettait si bien en valeur ! Comme elle devait avoir la peau douce ! De façon indécente cette ouverture se terminait à quelques centimètres à peine de son fessier rebondi et de ses hanches épanouies qui ne demandaient que des mains pour les caresser. Semblant chercher quelqu’un dans la rame, elle se tourna alors du côté d’Harshal, donnant alors à celui-ci une vue plongeante sur son décolleté vertigineux. Le jeune homme avait les yeux exorbités, et il n’était pas le seul dans le wagon ! Ce qui le sauva, ce fut sans doute la couleur de la robe. "Le rouge ! Les pilules rouges !! Vite !!!" Tremblant de tous ses membres, incapable de maintenir une pensée rationnelle, il saisit au fond de sa poche sa petite boite en fer rouillé. Il fit tomber par terre trois des gélules chimiques destinées à bloquer les poussées hormonales masculines avant d’arriver enfin, à grand peine, à en avaler une.
 
Tous les hommes du wagon n’y réussirent pas aussi bien qu’Harshal. Certains ne le tentèrent même pas ! Tels des zombis affamés de chair humaine, les mâles rendus fous de désir qui s’était rapprochés pour se coller à elle improvisèrent rapidement un viol collectif, tandis que la pauvre femme hurlait de terreur. Entre les participants et les voyeurs immobiles aux regards affolés, focalisés sur l’agression sexuelle, la scène donnait une impression presque irréelle. Elle devint plus affolante encore lorsqu’Harshal fut éclaboussé une première fois par une giclure de sang. Puis une deuxième fois ! Puis une troisième fois, alors que la tête décapitée d’un homme vint rouler à ses pieds ! A ce moment-là, la panique avait envahie le wagon et les hommes aussi hurlaient. Dans la terreur et les mouvements de foules incontrôlables qui s’ensuivirent, Harshal vit des cimeterres dégainés et des hommes s’extirper de la folie en passant par les fenêtres, par cinquante mètre de vide au-dessus de l’œuf pourri. Il ne les vit pas s’écraser sur les montagnes de déchets puants. Il n’en eu pas le temps : sa tête frappa violement quelque chose de dur et il s’effondra dans l’obscurité de l’inconscience.
 

TO BE CONTINUED ...
 

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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #20 le: mardi 31 décembre 2013, 13:34:41 »
Nouvelle très sympa mettant en avant un phénomène de société déjà très présent en Inde mais exacerbée par la situation. Tes nouvelles sont vraiment cool et très bien écrites, tu nous transporte facilement dans ton univers. Il y avait quelque chose qui me gênait dans l'ambiance de certaines mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus.

Celle de l'Inde m'a permis d'y voir plus clair. En fait, ta vision des Terres brulées est trop organisée, trop propre, trop civilisée. Les villes sont devenus des ruines et des nos man's land. Les seuls lieux dans lesquels la technologie est vraiment présente sont les arches de vie et les Avant-poste ou certaines bases au sol. L'Eglise ne va pas perdre de temps et de ressources pour apporter la technologie à ceux qui ont refusés sa protection et pour certains s'opposent à elle.

Il faut voir vraiment les terres brulées davantage comme une zone post-apocalyptique dans laquelle des communauté vivotent ou tentent de se recréer mais avec un niveau technologique bien moindre que celui des Arches de vie. On est davantage dans l'ambiance de Post-man, Mad Max, la Route, Le livre d'Eli.

Maintenant il y a des choses que j'adore. ces ouvriers qui attendent désespérément que leur nom soit tiré pour rejoindre les célestes, le cotés sombre et désespéré. les pilules rouges... après tout c'est peut être aussi un moyen d'éviter la propagation de mutation. Cependant l'Inde possède une religion bien spécifique et polythéiste qui acceptent certaines mutations comme des cadeaux divins faisant de certains mutants des dieux vivants (les multiples membres, la peau bleutée ou violacée, certaines capacités psychiques, certaines mutations animales en particulier la queue de singe ou les cornes de taureau...). Mais j'ai hâte d'avoir la suite ^^
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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #21 le: mardi 31 décembre 2013, 14:46:16 »
Il y avait quelque chose qui me gênait dans l'ambiance de certaines mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus.

Celle de l'Inde m'a permis d'y voir plus clair. En fait, ta vision des Terres brulées est trop organisée, trop propre, trop civilisée.
Entendu, je garderai bien ce point en tête pour de futurs nouvelles sur Antychrist, merci. J'avais déjà essayé de mettre en avant cette ambiance post-apocalyptique avec quelques ilôts isolés et fortifiés dans la nouvelle décrivant le début du pélerinage de Josef Altenbach (voir page 1), mais sans doute pas assez sur le rapport de l'agent Younes Lofti à Casablanca (en page 1 la aussi). Pour l'Inde d'Harshal, c'est un peu différent : la nouvelle est vue via le regard du jeune homme qui manque de repères historiques à comparer (trop jeune) et qui est d'un incroyable optimisme. Sa vision est donc biaisée !
 
 
Les seuls lieux dans lesquels la technologie est vraiment présente sont les arches de vie et les Avant-poste ou certaines bases au sol. L'Eglise ne va pas perdre de temps et de ressources pour apporter la technologie à ceux qui ont refusés sa protection et pour certains s'opposent à elle.
Je pensais justement à un de ces ilôts organisé par ce qui reste de civilisation cherchant un peu d'indépendance par rapport à l'Eglise, et concentré sur la capitale de l'ancienne Inde. L'Eglise peut y avoir des intérêts en terme de production de matière première à peu de frais et donc les garder sous leur oeil vigilant (la présence de l'Arche) même si ils ne leur accorde qu'une aide technologique mineure, voir nulle (partenariat économique exclusivement dans ce cas). Ceci dit tu as raison, il faudrait au moins que je change quelques phrases, dont : "Harshal regarda plaisamment par la fenêtre du nouveau métro aérien" pour le remplacer par "Harshal regarda plaisamment par la fenêtre du vieux métro aérien, la dernière ligne datant du siècle dernier qui restait encore vaguement en fonctionnement,". Je pense aussi que je devrai remplacer la "manufacture de circuits imprimés" par exemple par une "manufacture de rails en acier"
 
 
Nouvelle très sympa mettant en avant un phénomène de société déjà très présent en Inde mais exacerbée par la situation. Tes nouvelles sont vraiment cool et très bien écrites, tu nous transporte facilement dans ton univers.
(...)
il y a des choses que j'adore. ces ouvriers qui attendent désespérément que leur nom soit tiré pour rejoindre les célestes, le cotés sombre et désespéré. les pilules rouges... après tout c'est peut être aussi un moyen d'éviter la propagation de mutation.
Merci, merci :D ! Cela fait plaisir à lire !
 
 
Cependant l'Inde possède une religion bien spécifique et polythéiste qui acceptent certaines mutations CENSURE PAR PORTOLOUPS
Je ne dirai qu'une seule chose :
TO BE CONTINUED ...
(Qui par ailleurs est bien avancée , mais chuuuuut !...)
 
 
Mais j'ai hâte d'avoir la suite ^^
C'est bien ce que je disais ;) 8)
« Modifié: mardi 31 décembre 2013, 16:26:57 par Portoloups »

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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #22 le: mercredi 01 janvier 2014, 14:13:14 »
Suite aux remarques de Prêtre sur l'univers dévasté d'Antychrist (du moins sur la terre ferme), j'ai revu un peu certaines descriptions mon dernier récit sur l'Inde. Le voici mis à jour :
 
 
  Brand New Delhi – vendredi 13 mai 2101 – 23h14


Harshal était un homme heureux ! Il venait de terminer une bonne journée de travail. Pour la troisième fois de l’année il avait été épinglé sur le tableau des mérites comme étant le meilleur ouvrier du mois de l’usine ! Ce n’était pas rien pour quelqu’un de sa caste ! Certes, il fallait qu’il s’investisse beaucoup, et les conditions étaient souvent dures à la manufacture de rails, mais il contribuait à remettre sur pied la civilisation ! Il y avait tout à refaire en Inde depuis la guerre contre le Pakistan et toute cette folie qui s’était emparée du monde au siècle dernier. Mais Harshal avait confiance en la nouvelle société indienne. C’était maintenant un nouveau siècle et il était sûr de ne jamais manquer pas de travail dans leur capitale, la « Brand New Delhi » telle qu’elle avait été rebaptisée. D’accord, d'accord, il restait encore pas mal d’efforts faire avant qu’elle ne passe de l'état de ruines à vraiment « toute neuve », mais il y avait une énergie très positive dans tout cela !


Dans la nuit chaude de cette fin de soirée de mai, Harshal regarda plaisamment par la fenêtre du vieux métro aérien, la seule ligne que le nouveau gouvernement avait réussi à remettre à peu près en état, et cela grâve à des rails produits manufacture d’Harshal ! Le transport en commun le ramenait en cahotant près de chez lui, dans les faubourgs extérieurs au sud-ouest de la ville. La couche de pollution à travers laquelle scintillait l’Arche de Vie donnait à la scène une allure féérique, comme si la gigantesque construction suspendue en plein ciel était entourée d’une brume magique. Le jeune homme était tout excité : la classe dirigeante promettait des tirages au sort plus réguliers pour sélectionner lequel des ouvriers modèles du pays partirai ce semestre vivre dans la demeure des dieux, et Harshal croyait en sa bonne étoile ! Son regard se porta alors au niveau du sol. Sous l’Arche de Vie s’étendait à des kilomètres à la ronde ce que ses concitoyens avaient appelé « l’œuf pourri », une immense décharge à ciel ouvert de forme vaguement ovoïde qui occupait une grosse partie des ruines du centre-ville de Brand New Delhi. Il avait bien fallu regrouper quelque part tous les débris et les déchets résultants de la mort du 21ième siècle, mais ce n’était que temporaire ! Bientôt des progrès significatifs seraient fait pour recycler toutes ces ordures qu’ils avaient concentrés là ! Harshal avait même l’impression que les montagnes d’immondices avaient déjà commencé à baisser !


Harshal avait vraiment tout pour être heureux … "
il ne me manque éventuellement qu’une femme" se dit-il en observant son wagon bondé d’hommes et, malheureusement, seulement d’hommes. Avoir une compagne à ses côtés lui manquait souvent à vrai dire, mais heureusement il avait les pilules rouges fournies par la caste dirigeante. A l’époque de son arrière-grand-père les femmes commençaient déjà à manquer en Inde du fait de la politique de préférence aux enfants mâles, mais maintenant c’était bien pire ! Entre les attaques chimiques du Pakistan, les nouvelles maladies dégénératives sur les gènes féminins et l’augmentation critique des morts de mères lors de leurs accouchements, la proportion de femme au sein de la population étaient passée de 40% à moins de 10% maintenant ! C’était vraiment bête, parce que cela rendait presque impossible le mariage si l’on n’était pas un homme fortuné. Mais il fallait voir le bon côté des choses : cela voulait aussi dire qu’Harshal l’orphelin, comme beaucoup, était sans doute un fils abandonné d’une de ces familles dirigeantes ! Il s’imaginait parfois être le fils d’un prince qui montrerait à son père par la force de son travail qu’il était digne de son attention, même si il n’était ni son aîné ni une fille.


Le métro aérien s’arrêta dans un bruit de pistons mal huilés à la station d’Ajmere Gate. Heureusement pour Harshal, il y avait bien trop de monde dans le wagon, même à cette heure tardive, pour qu’il s’asseye, sans quoi il serait sans doute tombé de sa chaise. La surprise était en effet de taille : une jeune femme venait de rentrer à la dernière minute dans le wagon. Elle s’y était précipitée, comme poursuivie. Et pour cause ! Elle portait une robe rouge courte qui moulait à la perfection ses formes plus que généreuses ! Elle était dos à lui et il vit en premier lieu son dos nu que l’échancrure de la robe mettait si bien en valeur ! Comme elle devait avoir la peau douce ! De façon indécente cette ouverture se terminait à quelques centimètres à peine de son fessier rebondi et de ses hanches épanouies qui ne demandaient que des mains pour les caresser. Semblant chercher quelqu’un dans la rame, elle se tourna alors du côté d’Harshal, donnant alors à celui-ci une vue plongeante sur son décolleté vertigineux. Le jeune homme avait les yeux exorbités, et il n’était pas le seul dans le wagon ! Ce qui le sauva, ce fut sans doute la couleur de la robe. "
Le rouge ! Les pilules rouges !! Vite !!!" Tremblant de tous ses membres, incapable de maintenir une pensée rationnelle, il saisit au fond de sa poche sa petite boite en fer rouillé. Il fit tomber par terre trois des gélules chimiques destinées à bloquer les poussées hormonales masculines avant d’arriver enfin, à grand peine, à en avaler une.

Tous les hommes du wagon n’y réussirent pas aussi bien qu’Harshal. Certains ne le tentèrent même pas ! Tels des zombis affamés de chair humaine, les mâles rendus fous de désir qui s’était rapprochés pour se coller à elle improvisèrent rapidement un viol collectif, tandis que la pauvre femme hurlait de terreur. Entre les participants et les voyeurs immobiles aux regards affolés, focalisés sur l’agression sexuelle, la scène donnait une impression presque irréelle. Elle devint plus affolante encore lorsqu’Harshal fut éclaboussé une première fois par une giclure de sang. Puis une deuxième fois ! Puis une troisième fois, alors que la tête décapitée d’un homme vint rouler à ses pieds ! A ce moment-là, la panique avait envahie le wagon et les hommes aussi hurlaient. Dans la terreur et les mouvements de foules incontrôlables qui s’ensuivirent, Harshal vit des cimeterres dégainés et des hommes s’extirper de la folie en passant par les fenêtres, par cinquante mètre de vide au-dessus de l’œuf pourri. Il ne les vit pas s’écraser sur les montagnes de déchets puants. Il n’en eu pas le temps : sa tête frappa violement quelque chose de dur et il s’effondra dans l’obscurité de l’inconscience.


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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #23 le: dimanche 05 janvier 2014, 11:45:37 »
Les retouches sont bien maitrisée et on sent un monde davantage dévasté et en reconstruction, même si il en est encore loin. Je vais essayer d'écrire une nouvelle sur les terres brulées pour te donner une description plus longue, ce qui t'aidera pour la suite.
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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #24 le: dimanche 05 janvier 2014, 20:16:49 »
Volontier Prêtre ! Et merci beaucoup pour ton retour !
 
Je risque d'avoir un peu moins de temps dans les semaines à venir pour travailler sur mes nouvelles (même si celle sur l'Inde est bien avancée), mais je pensais mettre en place le système de vote dont j'avais parlé précédemment pour savoir quelle serait la nouvelle pour laquelle les lecteurs du forum aimeraient avoir une suite.
 
A partir d'un certain seuil de votes (20 ? 25 pour commencer ? et j'augmenterai ensuite petit à petit ? Qu'en pensez-vous), l'écriture de la nouvelle dont la suite est la plus demandée sera lancée.

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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #25 le: mercredi 08 janvier 2014, 20:55:45 »
La suite de la nouvelle sur l'Inde est presque finalisée. Du coup, je pense que je vais la poster sous peu, sans vote à ce stade.

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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #26 le: jeudi 09 janvier 2014, 20:05:13 »
 
Comme annoncé hier, voici la suite de la nouvelle d'Antychrist sur l'Inde cendreuse.
Bonne lecture et n'hésitez pas à me faire part de vos retours, bons ou mauvais.
 
Ce furent les chants qui réveillèrent Harshal avant tout autre chose. Son crâne lui faisait encore mal et la musique lancinante qui accompagnait les prières semblaient le maintenir dans une sorte de torpeur douloureuse. Des voix très graves d’hommes accompagnaient en rythme les chants flutés de femmes. L’ensemble réuni aux instruments donnait l’impression d’invocations ancestrales. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas entendu des femmes chanter, et il se demanda s’il n’était pas encore dans un de ses rêves. La terre granuleuse au contact de sa peau et la sensation d’une personne qui lui marchait dessus lui confirmèrent que ce n’était pas le cas. La douleur lui permis de sortir des brumes aussi brusquement qu’elle le força à se relever avec vigueur. L’homme nu qui lui marchait dessus retomba au sol et se mit à babiller de peur au contact de la terre. Harshal lui-même n’en menait pas bien large tant il connaissait les risques de dégénérescence que cela induisait, mais il essaya de ne pas paniquer.
 
Il était nu lui aussi, parqué dans une cage de métal vaguement circulaire d’environ trois mètres de diamètre avec plus d’une douzaine d’autres hommes aussi consternés que lui. La cage était encastrée au fond une caverne sombre aux parois rocheuses, uniquement éclairée par deux braseros placés à 2 mètres d’intervalles l’un de l’autre plus en amont dans le boyau de pierre qui descendait à leur cachot. Les chants provenaient d’un endroit qu’il ne voyait pas, propagés en échos par les parois.

Il reporta son attention vers ses codétenus. Plusieurs d’entre eux s’agrippaient à la grille d’entrée de leur prison pour éviter de toucher le sol. Mais ce faisant il s’écrasaient les uns les autres contre cette grille qui avait cruellement été pourvue de fils de fer barbelés.
 
Son attention fut alors attirée par des lumières vacillantes qui venaient d’apparaître juste après le dernier brasero qu’il voyait, tout en amont du boyau. La grotte faisait visiblement un coude juste après ce brasero et une procession de personnes portant des torches arrivaient maintenant vers leur cage. Il lui fallut un moment avant de bien les distinguer à cause de la faible luminosité, mais une fois le second braséro franchi, il vit qu’il s’agissait d’une dizaine de personnes, dont plusieurs armées de cimeterres et de lances. Mais surtout toutes ces personnes étaient des femmes ! Le dos droit, l’attitude fière, elles avaient la poitrine nue et la peau de certaines semblait avoir été teinte en noir luisant ou dans un bleu-violet sombre. Elles portaient toutes un pagne rouge ainsi que de nombreux bijoux traditionnels indiens finement ornementés dans les cheveux, aux oreilles et au nez, au cou, aux bras, aux poignets, à la taille et aux chevilles. Les pieds nus, elles semblaient comme inconscientes ou totalement détachée du risque associé au contact du sol naturel ! Plusieurs d’entre elles avaient en main des cimeterres dont les lames étincelaient à la lumière de leurs torches. Elles semblaient avoir deux gros chiens avec elles, mais ce ne fut que lorsqu’elles furent devant sa prison qu’Harshal put prendre la bonne mesure des molosses. Ils étaient énormes et musculeux comme des tigres. Ils avançaient à quatre pattes avec la grâce et la retenue de prédateurs approchant silencieusement de leur proie. Mais leur visage - bon sang - leur visage était humain ! Ils posaient tous deux des regards haineux aux prisonniers et les borborygmes qui s’échappaient de leur bouche aux dents surdéveloppées et tordues mêlaient le grondement animal et des sons gutturaux plus proches de menaces humaines. Leur turban poussa la peur panique d’Harshal et de ses compagnons de cellule encore un cran plus loin. Leurs visages étaient en effet enturbannés à la manière des Thugs, les assassins de la déesse Kali !
 
Harshal ne fut pas le seul à entonner de faibles prières à Shiva alors que la grille d’entrée était ouverte. Les créatures mi-Thugs, mi-tigres bondirent à l’intérieur et les prisonniers qui ne hurlèrent pas de terreur se firent dessus. Ils n’attendirent pas que l’un d’entre eux se fasse dévorer avant de suivre leurs gardiens à travers les tunnels. Aucune explication ne leur fut donnée mais aucun d’entre eux n’osa poser de question. Lors de leur trajet ils croisèrent d’autres patrouilles comme la leur. Cet endroit grouillait littéralement de femmes guerrières ! Quant aux hommes qui les accompagnaient, systématiquement des Thugs au regard fiévreux, leur corps avait à chaque fois muté pour renforcer un aspect bestial. Mais ils n’étaient pas les seuls dans ce cas. Ils passèrent devant une grotte dans laquelle une douzaine de prisonniers étaient attachés à quatre pattes sur le sol. Leur ventre avait doublé de volume, et c’est avec horreur qu’Harshal vit que les malheureux étaient reliés à des machines à traire initialement prévues pour les vaches ! Poussés par leurs bourreaux, il n’eut pas le temps d’en voir plus dans cette salle.
 
Le pire restait toutefois à venir pour Harshal. Ils pénétrèrent dans une grande cave voutée, si grande que lui-même n’en distinguait pas les limites dans la pénombre des braseros. Ce qu’il voyait très clairement par contre, c’était les sortes de tombes creusés au sol sur une soixantaine de centimètres de profondeur, et dans certaines de ces tombes des hommes qui étaient enterrés vivants ! Seul la tête et les mains dépassaient de la terre et ils pleuraient à chaude larmes tandis que leur corps piégé dans la matrice de terre se déformait inexorablement. Des groupes comme celui d’Harshal venaient de différents tunnels pour enterrer leurs prisonniers. Voilà pourquoi eux aussi avaient été conduits là. Déjà les prêtresses de Kali et leurs esclaves Thugs inhumains faisaient se coucher par la force dans une des sépultures vides ses premiers compagnons d’infortune. L’un d’entre eux résistât. Le malheureux fut cruellement mordu par les hommes tigres avant d’être décapité par les furies. Harshal, lui, ne résistât pas. Il se coucha dans le cocon et fut rapidement recouvert de terre fraiche. Il n’en revenait pas. Ces femmes étaient si belles ! Comment pouvaient-elles leur vouloir tant de mal ?
 
Bientôt deux porteurs Thugs aux épaules surdimensionnées portèrent entre les rangées un lourd plateau sur lequel étaient montée une Prêtresse de Kali et un énorme récipient en verre. Elle semblait fertiliser chaque tombe occupée en projetant avec une écuelle une partie du liquide que ses esclaves transportaient et Harshal fut éclaboussé à son tour par le liquide poisseux.
 
Quelques minutes plus tard, la grotte fut emplie de prières qui résonnaient entre ses parois. La moitié d’entre elles étaient celles des prêtresses de Kali et de ceux de ses Thugs qui pouvaient encore parler. L’autre moitié était les prières à Shiva de ceux qui venaient de voir apparaitre le monstre. Harshal n’était pas tourné dans le bon sens et ne le vit que lorsqu’il fut juste au-dessus de lui. C’était une femme nue de près de trois mètres, une géante ! De sa douce peau totalement noire et en sueur exsudait de senteurs fortes et entêtantes. Alors qu’elle dansait avec souplesse au-dessus de la tombe d’Harshal et de ses compagnons bouche-bée, il parvint à la voir un peu mieux. Elle était d’une beauté et d’une grâce infinie, malgré les traits durs de son visage et sa langue anormalement longue et pointue qu’elle semblait tirer en permanence. Vêtue d’un collier de crânes humains rétrécis et d’un pagne de bras coupés, elle virevoltait martelant de ses pieds nus la terre qui les enserrait. Cela faisait comme des bruits sourds réguliers et Harshal eut à un moment donné l’impression que la terre lui répondait. Harshal se rendit compte qu’elle avait quatre bras dont une tenait une tête humaine fraichement coupée et une autre un cimeterre, et il sut qu’il était en présence de la déesse elle-même.
 
A cet instant, tous les êtres présent dans la grotte, qu’ils soient esclaves, victimes ou prêtresses, ne savaient et ne pouvaient plus faire qu’une seule chose : vénérer la déesse. Harshal entendit dans sa tête :
« Je suis la Mort et la Délivrance ! Je suis la Destruction et la Création ! Votre âge de folie est terminé ! Je suis le Temps et il est l’heure de remodeler ma création ! Vous autres, pauvres hères égarés, je vous détruirai pour vous recréer dévots. Je vous protégerais des esprits mauvais et vous réparerez vos fautes ! Ainsi est la voie de Kali ! ».
 
Harshal s’évanouit. La puissance de l’esprit qui envahissait le moindre recoin de son cerveau et de son âme était bien trop rayonnante pour qu’il puisse rester conscient. La seule chose dont il se souvint avant de plonger dans l’inconscience fut l’énergie qui remontait de la terre et se propageait à tout son corps, chaude comme de la lave.
 
...
 
Harshal était un homme heureux ! Il venait de terminer une bonne journée de travail, et une nouvelle fois les prêtresses de Kali avaient exprimé leur satisfaction. Ce n’était pas rien pour quelqu’un de son sexe ! Certes, il fallait qu’il s’investisse beaucoup, et les conditions étaient souvent dures dans l’œuf pourri, mais il contribuait à remettre sur pied la création de Kali ! Il y avait tout à refaire depuis que la folie de l’homme avait pollué et violé toutes les lois de la nature, toutes les lois de Kali. Mais Harshal avait confiance en la déesse. C’était maintenant un nouveau siècle et rien ne pourrait l’arrêter. Grâce à son nouvel estomac, lui-même contribuait à avaler chaque jour des dizaines de kilos d’ordures. Il sourit en songeant au fait que ces tas d’ordures qu’il avait imaginé diminuer dans son ancienne vie avait sans doute vraiment diminué grâce à des dévots de Kali comme lui. Tel un asticot, il dévorait par en dessous la pourriture que l’homme avait semée. Comme il avait hâte que d’autres hommes inconscients comme lui puissent enfin le rejoindre dans la Gloire de Kali !
 
Harshal avait vraiment tout pour être heureux ... et cette fois il ne lui manquait plus de femme : il allait vivre pour l’éternité dans la gloire de Kali, la plus belle d’entre toutes, sous toutes les formes et toutes les utilités qu’elle voudrait bien lui donner.
 
Il replongea avec appétit son énorme bouche en plein milieu d’un sac d’ordure et l’avala avec délectation. Quelle bonne journée il allait encore passer !

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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #27 le: jeudi 09 janvier 2014, 20:35:23 »
J'adore !! C'est sombre, décadent à souhait et profondément marqué par la religion. Par contre, peut être qu'il aurait fallut montrer des mutations sur les femmes si ce sont toutes des cendreuses ?

Question, Kali est elle ici:
- une mutante ? Une femme ayant muté pour devenir au final proche de sa déesse ?
- Une créature de la Foi antique, un esprit ayant pris corps ?
- Un démon de Lamashtu qui se plait à se faire passer pour une déesse et en profite pour monter son propre culte ?

Que des choses dignent de l'univers d'Antychrist en tout cas et qui me donne envie de travailler dessus.
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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #28 le: dimanche 12 janvier 2014, 03:03:03 »
Même question que prêtre.

Par contre, je n'ai qu'un mot à dire Bravo! Tu nous fais rêver avec ta façon d'écrire!
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Re : Nouvelles non-officielles par Portoloups
« Réponse #29 le: dimanche 12 janvier 2014, 10:24:47 »
Question, Kali est elle ici:
- une mutante ? Une femme ayant muté pour devenir au final proche de sa déesse ?
- Une créature de la Foi antique, un esprit ayant pris corps ?
- Un démon de Lamashtu qui se plait à se faire passer pour une déesse et en profite pour monter son propre culte ?

 
Même question que prêtre.

De deux choses l'une messieurs : soit vous aurez (peut être) la réponse à l'occasion d'une prochaine nouvelle, soit vous devrez imaginer la réponse vous-même à l'occasion d'une prochaine partie que vous masteriserez. Je ne suis, après tout, qu'une source d'inspiration destinée à donner envie de plonger dans ce monde ...
 
 
 
peut être qu'il aurait fallut montrer des mutations sur les femmes si ce sont toutes des cendreuses ?

C'est un des ajustements qu'il faudra que je réalise à terme sur les nouvelles que j'ai déjà écrites. Hellobef m'a lui aussi transmis en message privé des critiques et commentaires très constructifs sur certaines nouvelles que je compte bien exploiter.

 

J'adore !! C'est sombre, décadent à souhait et profondément marqué par la religion.
(...)
Que des choses dignent de l'univers d'Antychrist en tout cas et qui me donne envie de travailler dessus.
Par contre, je n'ai qu'un mot à dire Bravo! Tu nous fais rêver avec ta façon d'écrire!

Cela fait plaisir à lire ! Je suis très content que ces nouvelles vous plaisent autant !